SPECTACLE / APRÈS L'OUBLI
Quand le théâtre interroge sur la mémoire
Mêlant théâtre, vidéo et récit intime, Après l’oubli propose une plongée sensible dans les souvenirs d’une jeune femme confrontée à l’héritage familial et au poids du passé. Une création contemporaine portée par la Compagnie Libre Cours.
Le Jour de ma Bat-Mitzvah, à 12 ans, le rabbin me confie une mission :
« Il ne faut jamais que tu oublies ce que tes grand-parents ont souffert pendant la déportation. Ta génération devra témoigner pour que les négationnistes n’aient pas un jour raison de dire : La Shoah c’est de la fumisterie ça n’a pas existé.»
Petite-fille de Jacques et Madeleine Goldsztejn, deux rescapés de la Shoah, le devoir de mémoire a toujours été d’une grande importance au sein de ma famille, à tel point que mes deux grands-parents sont devenus des « stars » de la Shoah. Interviewés par la presse, la télévision et le cinéma, leurs témoignages sont aujourd’hui à jamais conservés au Mémorial de la Shoah à Paris où je vais parfois leur rendre visite, juste pour visionner à nouveau l’extrait dans lequel ils apparaissent dans l’exposition permanente du musée.
Le jour de ma Bat-Mitzvah, pour mes 12 ans, le rabbin me confie une mission qui donne un sens à ma vie mais qui m’accable d’un devoir beaucoup trop grand pour moi. Depuis ce jour, je n’ai fait qu’ingurgiter de la Shoah. Elle coule jour et nuit dans mes veines, à travers les films, les récits, les romans, les voyages à Auschwitz et les commémorations. Je ne peux pas m’en débarrasser, même si j’essaye, elle me rattrape toujours. Comme ça, sans prévenir au coin d’une rue, elle va être là de nouveau alors que je croyais m’en être détachée. Elle me colle à la peau et me ronge le coeur malgré tous les efforts que j’ai pu faire pour ne plus y penser. Elle m’accompagne.
J’ai accepté ne pas pouvoir m’en défaire. Non je n’oublierai pas.
Mais je ne raconte pas aujourd’hui l’histoire de mes grand parents, je vous raconte mon histoire. Celle d’une adolescente qui transforme le poids du passé de sa famille en un moyen d’ouverture et d’échanges avec les autres. Les adolescents sont les plus touchés par les «croyances» et les «devoirs» dont la société ou la famille les chargent. Comment les aider à comprendre d’où viennent leurs croyances, comment les analyser et comment les transformer ? En renouant avec l’approche cathartique du théâtre je viens ici raconter ma «p’tite histoire» pour mieux la dépasser et m’en libérer.
«Après l’Oubli» devient ainsi le support d’actions de médiation, afin que chacun soit invité à questionner, analyser, transformer ses propres «croyances» et ses mémoires, et à raconter sa propre histoire.
Vendredi 23 janvier - 20 h Salle Jacques-Brel
Entrée libre
À partir de 12 ans






